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Publications, à lire

L'Alsace et ses compositeurs - de la Renaissance à nos jours
Michel Schmitt

A l’occasion de la sortie de l’ouvrage « L’Alsace et ses compositeurs – de la Renaissance à nos jours » (présenté en 2 tomes), nous avons rencontré son auteur, Michel Schmitt, musicien et passionné.

FSMA : Michel Schmitt, pouvez-vous nous parler de la genèse de votre publication ?

Michel Schmitt : Dans les années 70, j’ai écrit un mémoire sur le compositeur Emile Waldteufel, natif de Bischheim. Les recherches complémentaires autour de ce mémoire m’ont fait prendre conscience de la richesse exceptionnelle, en matière de documentation, existant sur les compositeurs alsaciens. Au milieu des années 80 j’ai entamé un travail de recherche sur ce sujet, mais j’ai laissé ce projet de côté pour me consacrer à la rédaction du « Dictionnaire des compositeurs francophones pour orchestres à vent », publié en 2002 aux éditions Robert Martin.  Cet ouvrage achevé, j’ai repris mes recherches « alsaciennes » à partir de l’hiver 2003. Douze ans plus tard, le travail rédactionnel de « l’Alsace et ses compositeurs » était terminé. Même si l’emploi du mot « terminé » n’est pas juste car, dans ce domaine, il reste encore beaucoup de choses à découvrir et à exploiter.

Sur quelles sources vous êtes-vous appuyé pour mener ce travail ?

Mes lieux de prédilection ont été la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg), les archives municipales de Strasbourg, la BNF (Bibliothèque Nationale de France) qui est une vraie mine d’or ! Mais aussi la bibliothèque humaniste de Sélestat, celle du Grand Séminaire de Strasbourg, d’une richesse absolument incroyable, etc. Pour les compositeurs vivants, j’ai créé une fiche questionnaire que j’ai envoyée à tous ceux que j’ai pu recenser. Ces données ont été saisies à partir de 2004-2005 et complétées au fur et à mesure de l’avancement de mes travaux.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de l’ouvrage ?

La grande question qui s’est posée à moi a été de trouver le moyen d’aller au bout des choses. D’être le plus exhaustif possible. Même s’il est impensable de l’être entièrement. Dès le départ, il s’agissait de référencer les compositeurs, tous styles musicaux confondus, qu’ils soient alsaciens d’origine ou ayant, à un moment, résidé en Alsace. Durant ces dix années de recherches, j’ai pu recenser 700 compositeurs et 16.000 à 18.000 références de compositions, dont environ 5.000 de musique religieuse. C’est un patrimoine absolument exceptionnel !

Qu’avez-vous découvert de particulier pendant ces recherches ?

Outre la quantité de créateurs et d’œuvres composées, ce qui m’a frappé est que, entre 1860 et 1960 environ, les compositeurs étaient beaucoup plus joués de leur vivant, que ne le sont ceux d’aujourd’hui. Il s’était développé tout un répertoire de qualité que l’on retrouvait dans la programmation des sociétés musicales, dans la musique religieuse, mais aussi dans la musique lyrique ou symphonique et dans toutes les musiques légères ou profanes (harmonies, chansons, danses, etc.), sans oublier la particularité bien alsacienne des instituteurs issus de l’Ecole Normale qui étaient également organistes, chefs de chœur, excellents harmonisateurs, et parfois même compositeurs.

Mais toutes ces œuvres recensées, comment les trouver, comment les faire vivre ?

Je souhaite que la sortie de cet ouvrage soit le début d’une ouverture, pour que les institutions s’intéressent à tous ces compositeurs et programment leurs œuvres lors des concerts. Les responsables politiques, économiques et culturels ont certainement un rôle à jouer en donnant à la création toute l’importance qu’elle mérite. Il faut insister sur le fait que les compositeurs vivants ont du mal à être joués. Il faut certainement retrouver l’habitude de mettre en valeur ce qui fait partie du patrimoine historique ou de la création contemporaine. On pourrait imaginer que plusieurs enregistrements réunissant la plupart des compositeurs vivants soient ainsi le moyen de faire connaître leur musique. On peut aussi demander aux orchestres, chorales, groupes de toutes sortes de programmer plus souvent des compositeurs d’Alsace. Trop souvent, par peur de déplaire, ils sont, vis-à-vis de leur public, dans une forme de contentement en reprenant – trop systématiquement - les « tubes » de la musique.

Une politique de commande volontariste aiderait certainement à la valorisation de cette richesse !

Puisqu’on est à la FSMA, est-ce qu’on trouve dans votre ouvrage des compositeurs que la FSMA a mis en valeur ? Soit à travers des commandes, soit en incitant des ensembles à les programmer ou, mieux encore, à travailler directement avec eux ?

Oui tout à fait ! Et ils sont légion. On peut citer parmi eux (par ordre alphabétique et toutes périodes confondues) : Rémy Abraham, Charles Beck, Paul Boistelle, Auguste Bopp, Sylvain Dedenon, Hubert Dennefeld, Marie-Joseph Erb, Philippe Geiss, Joseph Graff, Marc Hegenhauser, Gérard Hilpipre, Mario Hirlé, Marie Jaël, Jean-Georges Kastner, Détlef Kieffer, Alain Langrée, Sylvain Marchal, Sylvain Piron, Jean-Georges Rauch, Virginie Schaeffer, Adolf Séllenick, Bernard Struber, Frédéric Unterfinger, Gérard Van Maele, Emile Waldteufel, Jean-Jacques Werner et bien d’autres.

Tout cela témoigne d’un patrimoine très important qui est le reflet de tous les apports culturels que l’Alsace a pu recevoir. C’est l’addition de toutes ces influences qui en a forgé l’identité. Qu’elles soient rhénanes, humanistes, venues du jazz, des courants littéraires, etc.

Maintenant que cet ouvrage est publié, pensez-vous avoir fait le tour de la question ? Ou est-ce que de nouveaux projets frappent à votre porte ?

S’intéresser au patrimoine n’a pas de fin. J’envisage des recherches sur la vie musicale strasbourgeoise entre le XVe siècle et aujourd’hui ; en m’intéressant tout particulièrement à trois sociétés musicales emblématiques : le chœur de Saint-Guillaume, la chorale strasbourgeoise et la Philharmonie (orchestre symphonique amateur) ; ainsi que la rédaction d’un ouvrage sur la musique à la Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.

Merci à vous…

L’Alsace et ses compositeurs (de la Renaissance à nos jours) – Michel Schmitt

Ouvrage édité en deux tomes aux éditions Delatour France / www.editions-delatour.com
avec le soutien de la Région Alsace et de la DRAC Alsace

Préface : Theodor Guschlbauer

Ouvrage dédié à Charles Beck, Ernest Bohn et Jean-Paul Baumgartner.

Disponible dans toutes les bonnes librairies et magasins de musique. (Librairies Kléber, Oberlin, Ehrengart, Quai des Brumes, magasin Arpèges Armand Meyer, etc.).